Poésie

Chevelure d’automne

J’aimerais que le temps fige ses longs cours d’eau,
Suspendu aux clartés de ton automne roux,
Que ta chevelure me berce de son flot
Et que l’oubli me saisisse au creux de ton cou.

En ce temple où s’élèvent les arbres fanés,
Où la fin commence, je veux te contempler
Sans que jamais ne paraisse le morne hiver.

L’été et la joie sont de frivoles fadeurs,
Et cependant je ne voudrais pas que se meurent
Lors d’un jour blanc de désespoir tes beaux yeux verts.

Restons sur le seuil, enlaçons-nous et dormons !
C’est dans ce bois durant l’incertaine saison,
Dans le mystère des couleurs fauves et ambre,
Que nous cacherons nos peurs et nos corps qui tremblent.

Car tu le sais, nous sommes faits de tragédie !
Mais en cet automne flamboyant, je me ris
Du destin comme de ses griffes qui nous frôlent.
La chute pour nous peut bien glacer son envol.