Littérature·Poésie

Au clair de lune

La nuit étale ses heures
Sur mes courbes alanguies. 
Tandis que la pensée pleure
Eros dans ses fantaisies,
Au clair de lune, se leurre. 

Le long de mes souvenirs, 
Courent alors les griffures, 
Sillage de mon désir. 
Entends-tu le long murmure ? 
Du corps qui pense frémir. 

 Les caresses de velours 
En la chimère fugace 
S’éteignent au point du jour, 
Le lémure qui m’enlace 
Et tes lèvres, mon amour. 

Poésie

Paysage d’hiver

La brume s’étend comme un linceul sur la plaine.
Les arbres décharnés se devinent à peine
Sous la rosée qui dessine fantômes blêmes.
Douce dame, qui d’autre que vous pourrait égayer l’hiver ?

La neige pare de blanc l’ombre des collines.
La vie disparait sous le manteau anonyme
Et se noie dans le silence jusqu’à la cime.
Douce dame, qui d’autre que vous pourrait égayer l’hiver ?

Le froid mord dans la chair des hommes affaiblis,
L’âme souffre du même mal si ce n’est pis
Dans ce décor où se déploie mélancolie.
Douce dame, qui d’autre que vous pourrait égayer l’hiver ?
Mon cœur aime tant à votre beau sourire se réchauffer.
Lorsque l’air est maussade, vous seule savez réconforter.

Poésie

Lémure

Ton cœur s’affole et pourtant, semblable aux lémures,
Ta silhouette s’ajoure en fines dentelles.
Parmi la foule, tes suppliques sont murmures,
Tes mots se perdent, comme emportés par le vent.
Et ton visage se dilue en aquarelle,
Oublié sous les coups du pinceau méprisant.

Ton cœur s’affole et pourtant, semblable aux fantômes,
Tu ne dessines ni trouble ni souvenance
Qui ne perdure dans la mémoire des Hommes.
Lorsque naissent l’espoir oublieux et l’amour
Et leurs épines, tu goûtes l’indifférence,
Car diaphanes sont ton âme et ses atours.

Poésie

L’armée citadelle

Hastings, 1066

Notre adversaire s’est figé sur la colline.
L’armée se resserre et fait corps avec la cime,
La roche grisâtre de ce vaisseau austère,
Et se dresse comme une citadelle fière.

Sur le raidillon, nos hommes s’essoufflent vite,
Les chevaux trébuchent et bientôt se délite
La puissance de leurs assauts. Exténués,
Tous se font occire avant de voir le sommet.

Pourtant l’ennemi sur son flanc se désunit
Et certains de nos hommes, blessés, affaiblis, 
Sont pourchassés par une armée qui se morcèle.
La brèche s’ouvre et le monolithe chancèle.

Se pourrait-il que la roue de dame fortune
Tourne et nous montre en ce jour de sang et de brume
Le clan que Dieu souhaite alors favoriser ?
Notre duc voudrait tant croire en sa destinée.

Poésie

L’art de l’épée

Dans l’ombre, se tient une silhouette noire.
Elle est trop perfide pour réclamer duel
et frappe de son épée, sans honneur ni gloire,
Le chevalier qui s’engouffre dans la ruelle.

L’homme pense à tort que fiel signifie adresse.  
Le preux laisse glisser la furie sur son fer
Il assaille prestement l’ouverture inverse,
Voilà que notre félon saigne et vocifère.

Il attaque derechef malgré la douleur.
Le chevalier pare et tourne contre l’acier,
Car faux tranchant s’emploie à museler l’orgueil.
S’incline ainsi qui de l’art n’a point le secret.

Et lorsque de sa pointe le preux se saisit  
C’est la gorge offerte que désire sa lame.   
Comme le ferait une dague à l’être impie,
Elle meurtrit la chair et perce jusqu’à l’âme.

Poésie

Chevelure d’automne

J’aimerais que le temps fige ses longs cours d’eau,
Suspendu aux clartés de ton automne roux,
Que ta chevelure me berce de son flot
Et que l’oubli me saisisse au creux de ton cou.

En ce temple où s’élèvent les arbres fanés,
Où la fin commence, je veux te contempler
Sans que jamais ne paraisse le morne hiver.

L’été et la joie sont de frivoles fadeurs,
Et cependant je ne voudrais pas que se meurent
Lors d’un jour blanc de désespoir tes beaux yeux verts.

Restons sur le seuil, enlaçons-nous et dormons !
C’est dans ce bois durant l’incertaine saison,
Dans le mystère des couleurs fauves et ambre,
Que nous cacherons nos peurs et nos corps qui tremblent.

Car tu le sais, nous sommes faits de tragédie !
Mais en cet automne flamboyant, je me ris
Du destin comme de ses griffes qui nous frôlent.
La chute pour nous peut bien glacer son envol.